« Je supprime les expressions « Ce n’est plus de mon âge » ou « J’ai passé l’âge de… » »
Peux-tu te présenter ?
Je suis Sophie Malagola, styliste créatrice. Passionnée de mode, dans laquelle je suis « tombée » toute petite, comme Obélix dans la potion magique, mais sans les mêmes effets secondaires !
J’ai commencé ma carrière de styliste chez Thierry Mugler, Chantal Thomas et Plein Sud, et mon premier job comme mannequin cabine chez Sonia Rykiel m’a énormément appris sur la création d’une collection et mon futur métier.
Après cela, j’ai été directrice de collections (Dim, Léonard, Adidas)… puis j’ai créé ma marque SophieMALAGOLA dans la lingerie, le maillot de bain et le prêt-à-porter.
Depuis 5 ans, en plus d’être directrice artistique ou conseil en style et tendances pour différentes maisons, je réponds régulièrement à des interviews en tant qu’experte en tendances, et depuis septembre dernier, je suis intervenante à l’école Sup de luxe pour les étudiants en Master.
Les tendances sont aujourd’hui transversales à tous les univers, la beauté, l’homme, l’enfant, le design, même les animaux et le Food, de plus en plus importante dans notre société ; les grandes maisons de luxe couvrent désormais tous ces domaines, y compris les cafés, les restaurants et les hôtels. J’aime beaucoup les échanges toujours enrichissants avec la jeune génération, très demandeuse de culture mode.
Aujourd’hui, quel âge as-tu ? Quel rapport entretiens-tu avec le fait de prendre de l’âge ?
J’avoue que j’ai du mal avec cette question que je trouve réductrice car elle enferme immédiatement dans une case, et on la pose rarement aux hommes, donc je n’y réponds pas ; quant au rapport à l’âge, il y a souvent un décalage entre soi et les autres ; on ne se voit pas vieillir, c’est la société qui nous le rappelle régulièrement !
Ma génération a la chance de beaucoup mieux vieillir que celle de nos mères, cataloguées comme femmes d’âge mûr dès 40 ans.
Bien vieillir pour moi, c’est continuer à rester fidèle à qui l’on est ; c’est porter et faire ce que l’on aime, danser, aller au concert, rester passionnée par ce que l’on fait.
Et surtout ne pas trop écouter ou lire les injonctions, du genre quelle coupe de cheveux adopter à partir de 50 ans, comme si toutes les femmes de plus de 50 ans avaient la même silhouette, la même tête, les mêmes problématiques…
C’est consternant ces faux conseils, surtout émanant de médias qui se revendiquent féministes !
Les hommes ne subissent pas ce genre de « conseils » qui sont tout sauf bienveillants, et tant mieux pour eux !!!
D’une façon générale, je reconnais que chacun vit le vieillissement différemment, en fonction de sa personnalité, de son hérédité et de ses expériences de vie.
J’ai grandi avec les top models des années 80-90, magnifiques, flamboyantes, qui véhiculaient une image de femme sportive, libre, ultra glamour, et aux côtés d’une mère très soucieuse de la minceur, de la beauté, je me suis construite avec ça !
Il est vrai que le regard des autres change avec l’âge et qu’il peut y avoir un sentiment d' »invisibilisation » ; ce n’est pas toujours simple à vivre, mais c’est un constat assez général…
Moi, j’ai parfois encore l’impression d’avoir 17 ans, et il m’arrive, dans des soirées ou assemblées de trouver les gens un peu vieux alors qu’ils ont mon âge ! Comme quoi, on ne se voit pas vieillir, et c’est très bien !
La mode, qui valorisait la jeunesse, la minceur, s’est vraiment remise en question, et l’on voit de plus en plus de mannequins seniors, c’est donc une nouvelle façon d’envisager la représentation des femmes dans les défilés et campagnes publicitaires, c’est un vrai progrès.
Et bien que les créateurs soient presque tous des quinquas, les femmes à ces postes restent minoritaires, hélas…
C’est dommage que la tendance française ne valorise pas plus les seniors, ce qui implique la perte de transmission, de savoir-faire qui sont d’une très grande valeur pour la mode, le luxe en France.
C’est pour cela qu’aujourd’hui, je trouve une satisfaction dans mon rôle de professeur expert, où j’ai l’impression d’apporter une culture du luxe à la jeune génération.
Si tu devais donner des conseils aux plus jeunes qui nous lisent ? Professionnellement ? Personnellement ? Femmes ? Hommes ?
Dans le monde du travail, et particulièrement dans le luxe, il est important d’’accepter les codes de cet univers, de les comprendre. La tenue, l’allure sont les premiers signes que l’on envoie à son interlocuteur ; l’habit fait le moine, c’est un fait !
Le Covid et les confinements successifs ont modifié les codes vestimentaires dans le monde du travail mais aujourd’hui, on assiste de nouveau à une envie de s’habiller, et notamment de reporter le costume chez les jeunes hommes.
Dans mon travail, j’ai toujours aimé rendre les femmes belles, pour elles-mêmes ; créer des collections pour elles, c’est une passion qui ne change pas avec les années.
En revanche, je trouve compliqué de donner des conseils généraux sur la façon de s’habiller à partir d’un certain âge, car cela dépend de chaque individu. Il ne faut pas céder aux diktats liés à l’âge, car pourquoi se priver de porter une couleur, un style, si on les aime ; c’est en renonçant à ce qu’on aime sous prétexte que l’on prend de l’âge que l’on commence à vieillir.
Je pense qu’il y a 2 expressions à bannir :
- – Ce n’est plus de mon âge !
- – Jai passé l’âge de… !
Au niveau professionnel, Il est important de trouver une satisfaction dans son travail, quel que soit son âge, rester passionné dans son domaine, ou changer en profitant de son expérience pour découvrir de nouveaux univers.
Intellectuellement, rester curieux permet d’être dans son époque, dans l’actualité ; mais parfois, il faut avoir le courage de faire le tri, ne plus subir des situations ou des personnes qui ne nous apportent rien de positif.
Je pense que rencontrer de nouvelles personnes, s’entourer de celles qui apportent de la douceur et de la positivité sont des points importants pour bien vieillir. Et favoriser les échanges, les liens intergénérationnels qui sont enrichissants et souvent réjouissants.
Sur le plan sociétal, cesser les segmentations d’âge et les stigmatisations. Il ne sert à rien de catégoriser les gens en fonction de leur âge, car chacun vieillit différemment. Le terme « senior » est parfois utilisé de manière inappropriée.
Bien vieillir, c’est rester curieux de tout, continuer à désirer et à se faire plaisir à s’enthousiasmer.
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