« La RSE est là pour identifier les sources d’amélioration et contribuer au bien-être au travail »
Directeur adjoint du cabinet comptable Sadec Akelys à Sens, Hervé Henry a participé aux comités de pilotage réunis par FJ-SLA Consultants pour contribuer à la construction du référentiel du label RSE Droit & Chiffres, spécifiquement consacré aux professions juridiques et comptables et validé par Bureau Veritas Certification.
Désireux de mieux s’approprier les enjeux de responsabilité sociétale et d’apporter son expérience de terrain, il a accompagné les différentes étapes de cette réflexion collective. Dans cet entretien, il revient sur les spécificités de la RSE dans les métiers du droit et du chiffre, son impact concret sur l’organisation du travail et le rôle croissant que peuvent jouer les professionnels du chiffre auprès des dirigeants qu’ils accompagnent.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de vous engager dans ce projet et quel regard portez-vous sur cette expérience ?
Lorsque vous m’avez proposé de rejoindre le comité de pilotage, ma première motivation a été la curiosité. La RSE était déjà une démarche engagée au sein de notre groupe et j’avais envie de mieux me l’approprier, mais également de pouvoir partager l’expérience que nous avions nous-mêmes acquise.
J’ai particulièrement apprécié la méthode de travail mise en place par FJ-SLA Consultants. L’approche était très structurée, avec une véritable progression dans la réflexion. Cela m’a beaucoup aidé à participer concrètement à la construction du référentiel et à apporter mon regard de professionnel du chiffre.
Pourquoi était-il important de construire une démarche RSE spécifiquement adaptée aux professions du droit et du chiffre ?
Les professionnels du droit et du chiffre sont régulièrement amenés à travailler ensemble auprès des entreprises. Nos compétences sont très complémentaires : nous intervenons notamment sur la gestion, la fiscalité et l’accompagnement du dirigeant, tandis que les professionnels du droit apportent leur expertise juridique.
Mais nos métiers partagent aussi des contraintes très particulières, notamment la pression permanente des délais. Nous travaillons souvent avec des échéances incompressibles qui nécessitent une organisation rigoureuse et une forte capacité d’adaptation, aussi bien pour les professionnels que pour leurs collaborateurs.
Une démarche RSE adaptée à nos métiers permet justement d’identifier ces difficultés et de réfléchir à des organisations capables d’en limiter les effets négatifs. Un référentiel sectoriel a, de ce point de vue, beaucoup plus de sens qu’une approche trop générale : il part des réalités concrètes de nos professions.
Concrètement, qu’est-ce qu’une démarche RSE peut changer dans le fonctionnement quotidien d’un cabinet ?
Elle conduit d’abord à s’interroger sur les conditions dans lesquelles les collaborateurs travaillent et sur les moyens de mieux prendre en compte les besoins de chacun.
Chez Sadec Akelys, nous avons par exemple aménagé des espaces de repos et développé la possibilité de télétravailler lorsque les situations personnelles le nécessitent. Au bureau de Sens, nous avons également une amplitude d’ouverture importante, de 7 h 30 à 19 h, qui permet aux collaborateurs d’adapter davantage leurs horaires, naturellement dans le respect des exigences du service rendu aux clients.
L’idée n’est pas de mettre en place des mesures simplement parce qu’elles sont associées à la RSE. Il s’agit de rechercher des solutions concrètes qui permettent de mieux travailler.
Et nous pouvons en mesurer les effets. Nous respectons davantage nos délais de production et parvenons même parfois à anticiper certains travaux. Cela signifie que nous travaillons moins dans l’urgence et dans de meilleures conditions.
La RSE peut-elle ainsi devenir un levier d’attractivité, mais aussi de performance pour les cabinets ?
Indéniablement. Lorsque l’on travaille dans de bonnes conditions, la performance est meilleure.
Pendant longtemps, on a beaucoup parlé des attentes des jeunes générations en matière de qualité de vie au travail. Mais je pense qu’aujourd’hui cette attente concerne tous les âges. Chacun souhaite pouvoir travailler dans de bonnes conditions et trouver un équilibre satisfaisant.
La rémunération reste évidemment importante, mais elle n’est plus le seul critère dans le choix d’un employeur. Les conditions de travail, l’organisation, le management et, plus largement, le sens que l’on donne à son activité ont également pris une place considérable.
Une démarche RSE permet de structurer cette réflexion et de rendre visibles les engagements pris. Elle peut donc devenir à la fois un facteur d’attractivité, de fidélisation des collaborateurs et de performance.
Les experts-comptables ont-ils également un rôle à jouer dans la transition RSE de leurs clients ?
Je pense que c’est un nouveau champ que notre profession va progressivement devoir intégrer.
Historiquement, notre conseil porte principalement sur la fiscalité, la gestion, les financements, la création d’entreprise ou encore les dossiers prévisionnels. Mais la RSE va devenir un nouveau sujet à détecter dans les échanges que nous avons avec nos clients.
Ce sujet est en pleine évolution et prend une place croissante dans les entreprises. Beaucoup de dirigeants, notamment dans les PME, ont d’abord le nez dans le guidon et sont concentrés sur le fonctionnement quotidien de leur entreprise. Mais les questions d’attractivité, de fidélisation des salariés et de conditions de travail deviennent incontournables.
Notre rôle sera donc aussi de sensibiliser nos clients à ces enjeux, de les aider à identifier leurs besoins et, lorsque cela est nécessaire, de les orienter vers les professionnels capables de les accompagner.
La proximité de l’expert-comptable avec les dirigeants peut-elle également lui donner un rôle dans la transformation des entreprises et, plus largement, dans leur impact sur les territoires ?
La proximité avec les dirigeants nous place effectivement dans une position particulière. Nous connaissons leurs entreprises, leur situation économique et souvent leurs problématiques de développement.
Mais il faut aussi être lucide : les cabinets d’expertise comptable développent progressivement leurs expertises sur ces sujets. Selon les situations, ils peuvent également s’appuyer sur des partenaires spécialisés afin d’accompagner directement nos clients sur l’ensemble des dimensions de la RSE ou sur la mesure de leur impact extra-financier et territorial.
En revanche, nous avons clairement un rôle d’alerte et de détection. Nous pouvons faire émerger ces questions dans le dialogue avec les dirigeants et les orienter vers les compétences adaptées.
Je suis convaincu que ces sujets vont prendre de plus en plus de place dans la relation entre les experts-comptables et leurs clients. C’est un nouveau terrain d’accompagnement qui reste encore largement à construire.

