« Les PME ont toute leur place dans le débat public. Encore faut-il qu’elles puissent se faire entendre. »
Après plus de trente ans d’expérience dans le secteur privé et les collectivités territoriales, notamment comme directeur de cabinet, directeur de la communication ou directeur des affaires publiques, Jean-François Legat a créé OGMA Affaires Publiques pour rapprocher les PME et les ETI des décideurs publics. À l’approche de la présidentielle de 2027, il défend une approche fondée sur la proximité, le dialogue et l’éthique, afin que les entreprises des territoires puissent davantage faire entendre leur voix. Une vision qui rejoint les réflexions de FJ SLA Consultants sur la RSE et l’engagement territorial.
Vous venez de créer OGMA Affaires Publiques. Pourquoi avoir choisi de placer les territoires au cœur de votre projet ?
J’ai passé plus de trente ans dans la communication et les affaires publiques, dont une vingtaine dans le secteur public, notamment comme directeur de cabinet et directeur de la communication. À un moment de mon parcours, j’ai eu envie de prendre du recul et de mettre cette expérience au service des entreprises.
En réfléchissant à mon projet, j’ai constaté que les affaires publiques restaient largement concentrées à Paris, avec des cabinets qui interviennent principalement sur les questions parlementaires, législatives ou réglementaires.
Or, il se passe énormément de choses dans les territoires. Les PME, les PMI et les ETI y investissent, créent des emplois, développent des savoir-faire et participent à la vie économique locale. Pourtant, elles n’ont pas nécessairement les moyens ou les réflexes pour entretenir un dialogue avec les décideurs publics.
Je connais particulièrement bien l’Auvergne-Rhône-Alpes, où j’ai travaillé pendant de nombreuses années. Mon idée est de partir de cette connaissance des institutions et des acteurs locaux pour développer des affaires publiques véritablement ancrées dans les territoires, en m’appuyant également sur un réseau de professionnels présents dans d’autres régions.
Pour beaucoup de dirigeants de PME, les affaires publiques restent une notion assez abstraite. À quoi peuvent-elles concrètement leur servir ?
Les affaires publiques, c’est avant tout mettre en relation le monde économique et le monde public. Et cela peut concerner des sujets extrêmement concrets.
Prenons une entreprise qui souhaite s’implanter sur un territoire. Elle va avoir besoin de comprendre son environnement institutionnel, de rencontrer les élus et d’identifier les interlocuteurs susceptibles de l’accompagner dans son projet.
Cela peut aussi concerner les transports. Je me souviens d’une entreprise qui souhaitait installer une filiale accueillant environ 200 salariés. Beaucoup utilisaient les transports en commun. Un dialogue avec la mairie et la métropole a permis d’étudier le déplacement d’un arrêt de bus pour faciliter leur accès au site.
L’intérêt était partagé. L’entreprise améliorait les conditions de déplacement de ses collaborateurs et la collectivité accompagnait l’arrivée d’une activité économique sur son territoire. C’est exactement ma conception des affaires publiques : permettre à des acteurs qui ne connaissent pas toujours leurs contraintes respectives de dialoguer et de trouver des solutions communes.
Pourquoi les PME et les ETI doivent-elles davantage faire entendre leur voix ? Qu’ont-elles à apporter que les grands groupes apportent moins ?
Les grands groupes disposent généralement de moyens importants pour défendre leurs intérêts. Ils ont des équipes spécialisées, travaillent avec des cabinets d’affaires publiques, participent aux grandes organisations professionnelles et disposent de relais à Paris comme à Bruxelles.
La situation est très différente pour le patron d’une PME industrielle par exemple. Il doit faire tourner son entreprise, gérer ses collaborateurs, trouver des clients, investir et résoudre les problèmes du quotidien. Il n’a pas nécessairement le temps ni les moyens de développer une stratégie d’affaires publiques. Pourtant, il possède quelque chose d’extrêmement précieux : une connaissance très fine des réalités du terrain. Lorsqu’une réglementation pose un problème dans son atelier, lorsqu’il ne parvient pas à recruter faute de transports adaptés ou qu’un projet d’aménagement menace son développement, il peut apporter un témoignage précis sur les conséquences concrètes d’une décision publique.
Ces réalités ne correspondent pas toujours aux préoccupations des grandes entreprises. Il faut donc que les PME puissent elles aussi faire remonter leurs difficultés, mais également leurs propositions.
Comment transformer une difficulté rencontrée par une entreprise en proposition utile pour l’ensemble d’un territoire ?
C’est précisément là que les affaires publiques prennent tout leur sens.
Un chef d’entreprise peut parfaitement aller voir un élu pour lui expliquer qu’il a besoin d’une nouvelle route afin de faciliter la circulation de ses camions. Mais si son projet engendre des nuisances supplémentaires pour les habitants, il est peu probable que l’élu accepte simplement de répondre à sa demande. En revanche, si cette difficulté peut être replacée dans une réflexion plus générale sur la desserte d’une zone d’activité, le développement économique, la sécurité routière ou les déplacements, le dialogue change de nature.
L’entreprise ne vient plus uniquement défendre son intérêt particulier. Elle contribue à identifier une solution susceptible de bénéficier à d’autres acteurs du territoire. C’est cette démarche que je souhaite promouvoir. Il ne s’agit pas d’obtenir des passe-droits, mais de faire comprendre aux décideurs publics les contraintes des entreprises et de rechercher des solutions qui répondent également à l’intérêt général. Encore faut-il ne pas attendre d’être confronté à une difficulté pour commencer à dialoguer. Les relations avec les collectivités se construisent dans la durée. Une entreprise a tout intérêt à se faire connaître, à rencontrer les élus et à comprendre leurs priorités bien avant d’avoir une demande particulière à leur adresser.
C’est également vrai pour la commande publique. Rencontrer les collectivités en amont, comprendre leurs besoins et connaître leurs projets permet aux entreprises de préparer des réponses plus adaptées, dans le respect des règles de la concurrence.
On associe parfois les affaires publiques au lobbying et aux jeux d’influence. Quelle place accordez-vous à l’éthique et quel lien faites-vous avec la RSE ?
Je n’ai pas de difficulté particulière avec le terme de lobbying, à condition qu’il soit pratiqué de manière responsable.
Quand j’ai créé mon cabinet, j’ai voulu que l’éthique fasse véritablement partie de son ADN. Cela commence par le choix de mes clients. Je souhaite accompagner des entreprises dont je partage les valeurs ou dont les projets s’inscrivent dans une démarche à laquelle je crois. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai choisi un cabinet d’expertise comptable disposant d’un département RSE. Je veux appliquer à ma propre activité les principes que je défends auprès de mes clients.
Mais l’éthique concerne surtout la manière de travailler. Accompagner une entreprise auprès des décideurs publics ne signifie pas chercher à obtenir une décision favorable à n’importe quel prix. Il faut être capable de présenter un projet de façon transparente, d’en expliquer les effets et de démontrer en quoi il peut aussi répondre à des enjeux collectifs. Il existe également un cadre légal. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique encadre les activités de représentation d’intérêts, avec des obligations d’inscription et de déclaration lorsque les conditions prévues par la réglementation sont réunies.
À mes yeux, les affaires publiques et la RSE se rejoignent sur ce point : une entreprise ne peut pas se considérer comme totalement indépendante de son environnement. Elle doit prendre en compte ses parties prenantes, mesurer les conséquences de ses activités et construire des relations responsables avec les acteurs de son territoire.
La prochaine élection présidentielle peut-elle changer la manière dont les entreprises des territoires dialoguent avec les responsables politiques ?
Je pense que la séquence présidentielle représente une occasion de faire remonter les préoccupations des entreprises, notamment celles qui sont peu présentes dans les grands débats économiques nationaux.
Les grands groupes ont les moyens de rencontrer les candidats, leurs équipes ou les responsables des grandes organisations patronales. Pour une PME implantée dans un territoire, c’est évidemment plus compliqué. Mais il existe tout un écosystème local : les élus, les parlementaires, les référents territoriaux des campagnes, les fédérations professionnelles et les réseaux économiques. Ce sont des interlocuteurs que les dirigeants connaissent parfois déjà et qu’ils peuvent plus facilement rencontrer.
L’enjeu n’est pas simplement de leur transmettre une liste de revendications. C’est de partir des difficultés quotidiennes des entreprises pour élaborer des propositions susceptibles d’intéresser un territoire, une filière professionnelle ou un ensemble d’acteurs économiques.
Une réglementation qui complique la production, des difficultés de recrutement ou des infrastructures inadaptées peuvent ainsi nourrir une réflexion beaucoup plus large. La campagne présidentielle offre un cadre particulier pour faire circuler ces propositions. Mais le dialogue ne doit évidemment pas s’arrêter au lendemain de l’élection.
Finalement, faut-il que les dirigeants de PME apprennent à devenir eux-mêmes des acteurs des affaires publiques ?
Je crois surtout qu’ils doivent prendre conscience qu’ils sont déjà des acteurs de leur territoire. Une entreprise qui investit, qui recrute, qui forme des jeunes, qui travaille avec des fournisseurs locaux ou qui participe à la transition énergétique contribue directement à la vie économique et sociale de son environnement. Il est donc légitime qu’elle puisse participer aux réflexions qui concernent son avenir. Cela ne signifie pas que chaque PME doive disposer de son propre service d’affaires publiques. En revanche, elle doit pouvoir identifier les bons interlocuteurs, comprendre les mécanismes de décision et savoir présenter ses projets. Les affaires publiques ne devraient pas être réservées aux grandes entreprises. Elles peuvent aussi devenir, pour les PME et les ETI, un moyen d’anticiper les évolutions de leur environnement et de contribuer plus directement au développement de leur territoire.

